Les métiers du vin

Michel Rolland (1947-2026), le flying winemaker

Par Jean-Michel Kuzaj, sommelier-conseil

Article mis à jour le 18 octobre 2026

Article mis à jour en octobre 2026. Michel Rolland est décédé le 20 mars 2026 à Bordeaux, à l’âge de 78 ans, des suites d’une crise cardiaque. Cet article, publié de son vivant, a été réécrit pour retracer l’ensemble de son parcours.

Michel Rolland (1947-2026) était un œnologue bordelais, considéré comme le premier et le plus influent des « flying winemakers », ces œnologues consultants qui conseillent des domaines sur plusieurs continents. Issu d’une famille de vignerons de Pomerol, spécialiste du merlot, il a accompagné plus d’une centaine de domaines dans une vingtaine de pays, de Bordeaux à la Napa Valley en passant par l’Argentine, et suscité autant d’admiration que de débats. Son parcours dit beaucoup de la façon dont un vin se construit, et dont il se raconte.

Michel Rolland, œnologue consultant bordelais surnommé flying winemaker

Qui était Michel Rolland ? De Pomerol au laboratoire de Libourne

Né le 24 décembre 1947 à Libourne, Michel Rolland grandit au Château Le Bon Pasteur, la propriété familiale de Pomerol, sur la rive droite de Bordeaux. Il se forme au lycée viticole de La Tour Blanche, puis à l’Institut d’œnologie de Bordeaux, dont il sort diplômé en 1972, à l’époque où y enseignent Émile Peynaud et Pascal Ribéreau-Gayon. Il y rencontre Dany, elle aussi œnologue, qui deviendra son épouse et son associée.

En 1973, le couple entre au capital d’un laboratoire d’analyses œnologiques à Libourne, dont il prend le contrôle quelques années plus tard et qu’il dote de salles de dégustation. Ce laboratoire, qui analyse chaque année des échantillons de centaines de propriétés, devient le point de départ d’une activité de conseil d’abord bordelaise, puis mondiale. Après la disparition de son père, à la fin des années 1970, Michel et Dany Rolland reprennent aussi les propriétés familiales.

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Les domaines qui ont fait sa réputation

À Bordeaux

Ses premiers clients sont des châteaux de Saint-Émilion, parmi lesquels Troplong Mondot, Angélus et Beau-Séjour Bécot. Son nom sera ensuite associé à de très nombreuses propriétés du Bordelais, sur la rive droite comme sur la rive gauche, comme Ausone, Pavie, Pontet-Canet, Giscours ou Lascombes. Certaines collaborations ont connu des ruptures sur des questions de style, avant de reprendre parfois des années plus tard.

Ses propres vins

Avec sa famille, il a conduit plusieurs propriétés bordelaises : Le Bon Pasteur à Pomerol, Rolland-Maillet à Saint-Émilion, Bertineau Saint-Vincent à Lalande-de-Pomerol, Fontenil à Fronsac et La Grande Clotte à Lussac-Saint-Émilion. À l’étranger, il s’est engagé dans des projets en son nom ou avec des associés : Clos de los Siete, Val de Flores et Yacochuya (dans la région de Salta) en Argentine, Bonne Nouvelle en Afrique du Sud, ou encore un projet en Espagne.

Dans le monde

  • Californie : il a été l’un des consultants les plus recherchés de la Napa Valley, auprès de domaines comme Harlan Estate, Bryant Family, Dalla Valle, Staglin ou Screaming Eagle, et a contribué à l’essor international des grands rouges californiens.
  • Italie : il a conseillé en Toscane Ornellaia et Masseto.
  • Argentine : outre ses propres projets, il a travaillé avec la famille Etchart et contribué à faire connaître les grands rouges argentins.
  • Et ailleurs : Afrique du Sud, Espagne ou Israël figurent aussi parmi les pays où il est intervenu au fil de sa carrière.

Son entreprise de conseil s’est structurée au fil des années autour d’une équipe d’œnologues et de ses associés. Sa disparition a été saluée dans la presse du vin du monde entier, qui voit en lui l’une des figures majeures de la renaissance de la rive droite bordelaise et de l’ascension de la Napa Valley.

Le flying winemaker : un nouveau métier du vin

L’expression « flying winemaker », littéralement « vinificateur volant », désigne un œnologue ou un vinificateur qui conseille des domaines dans plusieurs pays, parfois dans les deux hémisphères, en profitant du décalage des vendanges. Michel Rolland en est devenu la figure la plus connue.

Le rôle d’un œnologue consultant ne se limite pas au chai. Il intervient sur la date des vendanges, la conduite de la vigne, le tri des raisins, les choix de vinification et d’élevage, et surtout sur l’assemblage final. Michel Rolland était particulièrement associé à quelques principes : récolter des raisins à bonne maturité, maîtriser les rendements, trier soigneusement la vendange, travailler l’élevage en fût. Pour découvrir les métiers de l’œnologie, voir notre article comment devenir œnologue.

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Le merlot comme signature

Issu de Pomerol, où le merlot domine l’encépagement, Michel Rolland a beaucoup contribué à faire connaître ce cépage et sa capacité à donner des vins charnus, souples et aux tanins soyeux. À Bordeaux, le merlot s’assemble le plus souvent avec le cabernet franc ou le cabernet sauvignon ; dans d’autres pays, il est plus souvent vinifié seul ou en assemblage de lots différents. L’histoire de ce cépage est racontée dans notre article merlot : histoire et origines.

Ce qu’il disait de son métier

Dans un entretien publié autrefois sur ce blog, Michel Rolland insistait sur plusieurs idées : un consultant doit savoir s’adapter à chaque lieu ; le travail commence à la vigne et se poursuit jusqu’à l’élevage ; l’œnologue peut révéler le potentiel d’un terroir, mais il ne fabrique pas sa typicité, qui dépend du sol et du climat. Il rappelait aussi qu’un grand vin suppose un propriétaire décidé à rechercher la qualité plutôt que le volume.

Un style, et un débat

Le succès de Michel Rolland s’est accompagné de critiques. On lui a souvent reproché d’avoir favorisé un style de vins mûrs, concentrés et marqués par l’élevage, apprécié d’une partie de la critique internationale de l’époque, et d’avoir ainsi contribué à une forme d’uniformisation du goût. Le documentaire Mondovino de Jonathan Nossiter, sorti en 2004, l’a présenté comme l’un des symboles de la mondialisation du vin, en le montrant notamment recommander la micro-oxygénation, une technique dont il dira plus tard ne pas être un adepte. Ses défenseurs soulignent au contraire qu’il a aidé de nombreux domaines à progresser techniquement, et qu’il a toujours affirmé que le terroir restait premier.

Ce débat entre maîtrise technique et expression du lieu traverse encore le monde du vin. Il concerne directement la manière dont les domaines présentent leur travail. Pour comprendre ce que l’élevage apporte au vin, voir notre article sur l’influence de l’élevage et du vieillissement.

Comment en parler : ce que le parcours de Michel Rolland dit de la communication du vin

Une personnalité qui incarne une méthode

Michel Rolland est l’exemple d’un professionnel du vin dont le nom est devenu une référence, presque un repère pour les acheteurs. Pour un domaine, cela rappelle une réalité : les clients s’intéressent aux personnes qui font le vin. Présenter le vigneron, le maître de chai ou l’œnologue qui accompagne le domaine, expliquer leurs choix et leur méthode, donne un visage et une cohérence à la communication.

Parler de conseil sans masquer le terroir

Faire appel à un œnologue consultant est une pratique courante. Le mentionner peut rassurer, à condition de rester juste : le consultant accompagne, le terroir et l’équipe du domaine restent au cœur du récit. Sur une fiche produit ou une page « Le domaine », décrivez les décisions concrètes : date de vendange, tri, élevage, assemblage. Ce sont des faits que le client comprend, et que Google et les IA génératives reprennent volontiers.

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Assumer son style

Le débat autour de Michel Rolland montre que le style d’un vin se discute. Un domaine a intérêt à l’assumer et à l’expliquer : vin mûr et généreux, ou vin plus tendu et frais ; élevage marqué ou discret. Le décrire avec précision, à la vue, au nez et en bouche, permet au client de savoir ce qu’il achète. En salon ou sur LinkedIn, expliquer pourquoi on a fait tel choix d’assemblage ou d’élevage intéresse autant les professionnels que les amateurs.

Les erreurs à éviter

  • Utiliser le nom d’un consultant comme seul argument de vente.
  • Promettre un « goût » ou une note de critique plutôt que décrire le vin.
  • Oublier le cadre légal : la communication sur l’alcool est encadrée en France par la loi Évin ; le produit, le terroir et le savoir-faire restent les meilleurs arguments.

Questions fréquentes

Quand Michel Rolland est-il décédé ?

Michel Rolland est décédé le 20 mars 2026 à Bordeaux, à 78 ans, des suites d’une crise cardiaque.

Que veut dire « flying winemaker » ?

C’est un œnologue ou un vinificateur qui conseille des domaines dans plusieurs pays, parfois dans les deux hémisphères. Michel Rolland en est devenu la figure la plus connue.

Quel est le rôle d’un œnologue consultant ?

Il accompagne un domaine dans ses choix techniques : date des vendanges, vinification, élevage et surtout assemblage. Il conseille, mais les décisions et l’identité du vin restent celles du domaine et de son terroir.

Pourquoi Michel Rolland était-il critiqué ?

On lui a reproché d’avoir favorisé un style de vins mûrs, concentrés et boisés, et contribué à une uniformisation du goût, notamment dans le documentaire Mondovino. Ses défenseurs mettent en avant les progrès techniques qu’il a apportés à de nombreux domaines.

En résumé

Michel Rolland a incarné le métier d’œnologue consultant international et laissé une empreinte durable sur le merlot et sur le débat autour du style des vins. Son parcours rappelle qu’un vin se raconte aussi à travers les personnes qui le font et les choix qu’elles assument. Si vous souhaitez mieux présenter l’équipe et la méthode de votre domaine, vous pouvez me contacter.

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